Bulletin ELDR: Elections britanniqueseldr, mercredi 21 avril 2010 11:52 ::
Après avoir fait durer le suspense, le 6 avril le Premier Ministre britannique, Gordon Brown (Travailliste), a finalement demandé la dissolution du Parlement ce qui a engendré le début de l'une des campagnes électorales les plus animées de ces dernières décennies.
La tenue d'élections législatives au Royaume-Uni a figure sur l'agenda politique national depuis la passation de pouvoir entre Tony Blair et Gordon Brown, Premier Ministre depuis juin 2007. Certains, dont les Libéraux Démocrates, ont affirmé que Brown n'avait pas été choisi par le peuple britannique et que des élections devraient être organisées immédiatement, tandis que le parti travailliste déclarait que le public savait pertinemment que Blair ne resterait pas à son poste pour la totalité de son mandat parlementaire, avant la tenue des élections en 2005 et que le gouvernement travailliste avait un mandat à exercer qui devait se poursuivre sous la conduite de Brown. Le retour en force de Brown qui a entraîné une progression dans les sondages pour le parti travailliste, a suscité des spéculations selon lesquelles des élections auraient lieu à l'automne 2007, mais celles-ci ne se sont jamais matérialisées et maintenant - juin 2010 étant la date butoir pour l'organisation d'élections - celles-ci auront finalement lieu dans la période habituelle de début mai.
Le résultat de ces élections est particulièrement difficile à prédire, les sondages montrant que ni les travaillistes ni les conservateurs n'obtiendraient une marge suffisante pour garantir les 326 sièges nécessaires pour disposer de la majorité au Parlement. Cela a ouvert un débat sur la possibilité d'un parlement minoritaire, dans lequel aucun parti n'obtiendrait une majorité parlementaire suffisante et serait amené à chercher le soutien d'autres forces politiques pour pouvoir former une majorité. Un parlement minoritaire pourrait faire des Libéraux Démocrates les 'faiseurs de rois' de la politique britannique et il est à penser que le parti travailliste et le parti conservateur vont tenter d'obtenir leur soutien afin de pouvoir former un gouvernement. Tandis que les partis membres de l'ELDR de pays tel que l'Allemagne et la Suède sont actuellement, avec succès, au pouvoir dans des gouvernements de coalition, la situation d'un parlement minoritaire ne s'est pas produite au Royaume-Uni depuis 1974 et elle n'avait alors pas duré plus d'un an. Cela est bien sûr la conséquence du système électoral majoritaire qui veut que le parti en tête remporte la mise. Mais cette fois-ci les choses pourraient être différentes. Le monde politique britannique a souffert du scandale l'année dernière des dépenses non justifiées des Députés, l'humeur est donc plutôt à favoriser cette fois-ci une façon différente de faire les choses, une nouvelle façon de faire de la politique et l'électorat pourrait bien être tenté d'avoir plus d'un parti au gouvernement. La possibilité d'un parlement sans majorité a augmenté au cours des deux premières semaines de la campagne, comme l'illustrent les derniers sondages. Comme dans toute élection, l'opinion publique change pratiquement tous les jours et l'on attend près de 80 sondages prévus tout au long des quatre semaines de la campagne. On trouve d'ailleurs une illustration de ces changements d'opinion dans l'électorat, dans les résultats du sondage réalisé le jour après l'annonce de la tenue des élections, qui créditait les Conservateurs de 38%, les Travaillistes de 31% et les Libéraux Démocrates de 19%. Toutefois, deux semaines plus tard, ces chiffres ont changé de façon significative, les Conservateurs étant maintenant crédités de 33%, les Libéraux Démocrates de 30% et les Travaillistes de 28% des intentions de vote. Alors, qu'est-ce qui a changé depuis que les candidats de tout le pays sont entrés en campagne? Le point d'inflexion de cette élection a eu lieu lors du premier débat télévisé jamais organisé au Royaume-Uni, qui s'est tenu jeudi passé et a réuni les présidents des trois principales formations politiques en lice: Nick Clegg (Libéraux Démocrates), Gordon Brown (Travaillistes) et David Cameron (Conservateurs). Pour la première fois dans l'histoire politique du Royaume-Uni, les trois Présidents de partis étaient face à face pour répondre aux questions du public. Les sujets sur lesquels ont porté les questions du public aux trois poids lourds politiques ont essentiellement porté sur la politique intérieure et ont inclus des sujets tels que l'immigration, la réforme constitutionnelle, et la façon de réduire le déficit budgétaire. Et quel président est sorti vainqueur de ce débat? Nick Clegg, et depuis lors, les résultats dont lui et son parti sont crédités dans les sondages, ont grandis considérablement. Les Libéraux Démocrates ont été propulsés en tête des sondages aussi vite que les cendres du volcan islandais dans l'espace aérien européen. Mais tandis que les cendres du volcan finiront forcement par retomber, le défi pour les Libéraux Démocrates consistera à rester en tête alors que s'approche le jour du scrutin et que leur programme politique est examiné de plus en plus près par les autres partis, par les médias et le public. L'un, si pas le principal, des principaux thèmes de cette campagne est l'économie. Les premiers échanges de vues entre les trois principaux partis sur ce sujet se sont centrés sur la manière d'améliorer la situation financière des britanniques et de réduire le déficit budgétaire britannique, qui en terme de pourcentages du PIB, sera cette année plus élevé que ceux de la Grèce et de l'Espagne. Le parti travailliste propose des augmentations ciblées des dépenses publiques au cours de l'année prochaine pour "soutenir la reprise", avant de déclarer qu'ils vont réduire le déficit de plus de 50% d'ici 2014. Ils promettent de ne pas augmenter la taxe sur le revenu (taxe sur les salaires) ni d'étendre la TVA à l'alimentation, aux vêtements pour enfants, aux livres, journaux et transports publics, mais d'augmenter le salaire national minimum, l'équivalent du RMI, pour qu'il soit au moins au niveau du salaire moyen, d'ici 2015. Les Conservateurs, quant à eux, proposent de réduire les dépenses dès 2010, grâce à des coupes dans les budgets de tous les secteurs publics, à l'exception de la santé et de l'aide extérieure, tout en finançant un gel des impôts locaux pendant deux ans. Les Libéraux Démocrates considèrent que l'économie sera suffisamment stable, début 2011-2012, pour commencer à réduire le déficit et parmi les propositions faites pour y parvenir, figure la suppression du plan gouvernemental pour l'introduction de cartes d'identité et la réduction de la règlementation excessive au niveau des autorités locales. Dans le même temps, les Libéraux promettent l'augmentation du seuil pour la taxe sur le revenu à £10,000 (€11.400), ce qui devrait remettre £700 (€800) dans la poche de millions de personnes à faible et moyen revenu et libérer 3,6 millions de personnes à faible revenu supplémentaires, du paiement de toute taxe sur le revenu. L'économie sera le thème du troisième et dernier débat télévisé le 29 avril, mais avant cela les présidents se feront face ce jeudi (22 avril) sur les questions de politique étrangère, y compris celle de leur opinion sur l'Europe. EUROPE
Les Libéraux Démocrates sont le parti le plus pro-européen des trois, ils sont convaincus que les intérêts de la Grande Bretagne sont le mieux servis en collaborant avec d'autres états membres de l'UE, notamment sur les sujets tels que la règlementation internationale des services financiers et de la banque, la lutte contre le changement climatique et contre la criminalité internationale. Les Libéraux considèrent également qu'il est de l'intérêt à long terme de la Grande Bretagne de rejoindre l'Euro lorsque les conditions économiques seront réunies (ce qui n'est pas le cas actuellement) et seulement si cette décision va de pair avec le résultat positif d'un référendum à ce sujet. Toutefois, si les Conservateurs arrivaient au pouvoir, ils constitueraient le gouvernement le plus eurosceptique depuis l'adhésion de la Grande Bretagne à l'UE en 1973, et pensent que "l'intrusion constante et incontrôlée de l'UE dans pratiquement tous les aspects de nos vies est allée trop loin." La décision controversée de David Cameron de faire quitter le groupe de centre droite du Parti Populaire Européen à ses Députés européens pour former un nouveau groupe parlementaire européen appelé les Conservateurs et réformistes européens après les élections européennes de l'année dernière, a marginalisé la voix des Tories en Europe et les a vu s'associer avec un certain nombre de partis nationalistes singuliers. La récente défection du Député européen conservateur de longue date Edward Macmillan Scott, pour rejoindre les Libéraux Démocrates, contribue à illustrer la division qui existe encore au sein du Parti Conservateur sur la question européenne. "Je crains que de nombreux conservateurs ne veulent quitter l'Europe et non pas la diriger", a commenté Macmillan Scott à l'époque et il est facile de partager cette opinion lorsque le besoin d'une coopération accrue dans l'UE se fait visiblement ressentir alors que l'Europe s'efforce de sortir de la récession et le moment serait bien mal choisi pour la Grande Bretagne de lever le pont-levis et de se distancer encore plus de l'Europe. Le Parti Travailliste reste pro-européen même s'il semble moins enclin à en parler que sous la présidence de Blair. Il souhaite voir les discussions avec les états des Balkans occidentaux pour l'adhésion à l'UE commencer d'ici 2014. Un référendum sur l'adhésion à la monnaie unique continue à faire partie de la politique du parti, bien que le parti ne semble pas pressé de revenir sur le sujet dans un avenir proche.
La victoire des Libéraux Démocrates bien sûr! Le test principal pour les Libéraux Démocrates de Clegg consistera à concrétiser dans les urnes le 6 mai prochain, les résultats très prometteurs des sondages. Si c'est le cas, les Libéraux Démocrates pourraient doubler le nombre de sièges qu'ils occupent au Parlement par rapport aux 62 actuels, rendant ainsi peu probable le fait qu'un des trois partis parvienne à dégager une majorité suffisante de sièges au Parlement. Dans ce cas, soit un accord devra intervenir entre les Libéraux Démocrates et l'un des deux autres partis (un accord qui tienne compte de l'agenda des réformes des Libéraux Démocrates), ce qui amènerait des députés libéraux démocrates à exercer des fonctions ministérielles, soit un gouvernement minoritaire sera formé à court terme, avant l'organisation de nouvelles élections dans un avenir proche. Une période intéressante et relativement imprévisible s'amorce pour la politique britannique, mais une chose est sûre, les Libéraux Démocrates joueront un rôle de plus en plus influent dans la campagne électorale, une campagne qui a le pouvoir de fondamentalement changer la paysage politique britannique. Pour suivre les développements de la campagne et les résultats des élections, veuillez consulter notre site www.eldr.eu.
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